Urbanisme

 Séminaire Ecologie intégrale – Centre Teilhard de Chardin
Session du 15 octobre 2019 : « Les villes et la mobilité »

La première session de la 2ème année du séminaire a réuni une trentaine de participants autour du thème des villes et de la mobilité. Nous avons eu la chance d’accueillir Jean-Marie Duthilleul, ingénieur et architecte du futur Centre Teilhard de Chardin sur le plateau de Saclay, et Harm Smit, ingénieur physicien et militant associatif sur le plateau de Saclay.

Hélène Noisette, agronome et sœur auxiliatrice, a introduit la session en nous rappelant comment la ville était abordée dans Laudato Si où le mot « ville » apparait 12 fois. En développant la notion  d’écologie intégrale dans le chapitre 4 de Laudato si’, le pape François précise qu’il s’agit aussi d’une “écologie de la vie quotidienne”. Et, c’est en parlant de cet aspect que le pape évoque les villes (LS 147-153). Sont-elles condamnées à être “de grandes structures inefficaces qui consomment eau et énergie en excès” (LS 44) ? Des lieux de “dégradation sociale” à cause de la pollution – atmosphérique, visuelle ou sonore -, du chaos urbain posé par les problèmes de transport et le manque de logements ? Ces problématiques sont posées mais le pape insiste surtout sur les possibilités de relation que l’urbanisme permet ou non : puisque l’écologie est la science des relations, une ville écologique ne saurait être une ville où des espaces verts sont aménagées pour les plus favorisés, et inaccessibles aux autres, mais une ville où le “contact physique avec la nature” est possible pour tous (LS 44) et où les interventions humaines favorisent la création de liens entre les habitants pour qu’ils puissent “se sentir comme faisant partie d’un “nous” [qu’ils construisent] ensemble” (LS 151). Le pape loue ainsi “l’écologie
humaine que les pauvres peuvent développer” au milieu des limitations d’un environnement urbain désordonné quand ils créent “des relations humaines d’un voisinage convivial”, faisant ainsi émerger  dans les quartiers des “communautés” et “un réseau de communion et d’appartenance” (LS 148).

Jean-Marie Duthilleul, architecte et ingénieur, a établi les plans du futur centre Teilhard de Chardin dans le quartier du Moulon sur le plateau de Saclay. Il a réalisé de nombreuses gares en France et à l’étranger, et a été urbaniste de quartiers nouveaux notamment à Versailles et à Nancy. Il définit la ville comme un lieu de mise en relation entre des richesses humaines, matérielles et spirituelles, accumulées au même endroit. Cette mise en relation nécessite une fluidité de circulation au sein même de cette accumulation. C’est l’heureuse articulation entre l’accumulation de richesses et la facilité de circulation qui fait la richesse de la ville. Le XXème siècle a bouleversé la conception traditionnelle de la ville, rues et places, fonctions mélangées, avec la mise en place sur des réseaux séparés de tous les transports mécaniques inventés en un siècle. On a éclaté la ville en « zones »  spécialisées et altéré sa fonction de mise en relation entre les hommes. La période qui s’ouvre offre une chance de retrouver la richesse de la vie en ville avec deux changements majeurs dans les comportements des citoyens : la multiplication des manières de se déplacer, déclin de la voiture personnelle, croissance du vélo, de la marche, retour du tram, et le développement des outils portables numériques qui bouleverse les modes de mise en relation et de production.

Harm Smit a travaillé dans les domaines de l’aménagement urbain et de la mobilité avec des experts comme Jean-Pierre Orfeuil, Marc Wiel et Jacqueline Lorthiois. Son exposé est conçu avec cette dernière. Pour Harm Smit, la crise du logement et des mobilités provient, entre autres, d’une concentration excessive des emplois dans des mégapoles comme celle de l’agglomération parisienne. Les effets combinés de la non maîtrise des marchés du foncier et de l’immobilier et de la mise en place de liaisons rapides interurbaines ont provoqué une dilatation de l’espace urbain, faisant croître les distances domicile-travail entraînant des problèmes de transports en constante augmentation. Pour sortir de cette spirale infernale, il faudra se départir de la vision du Grand Paris conçu comme un vaste bassin d’emploi unique qu’on doit pouvoir traverser de part en part et, au contraire, organiser la mégapole comme un ensemble de territoires plus ou moins autonomes, donc faiblement interconnectés, sur la base des bassins de vie et d’emplois existants. L’existence de la « zone intense » au sein du bassin Versailles/ St-Quentin-en-Yvelines, où les habitants travaillent majoritairement dans le périmètre, montre que ce n’est pas une utopie.
Dans ce contexte, les lignes du Grand Paris Express sont justifiées quand elles desservent les zones denses (cas des lignes 14, 15 et du nord de la 16) mais ne sont pas pertinentes dans les zones périurbaines (lignes 16 sud, 17, 18) où leur rentabilité n’est pas assurée et où elles dilueraient l’autonomie des territoires, favorisant l’étalement urbain en tache d’huile (y compris l’urbanisation totale du plateau de Saclay).
Les échanges qui ont suivi les deux interventions ont été très nourris. Ils se sont prolongés autour
d’une collation faisant bien-sûr une large place aux recettes « maison » et aux produits bio, locaux et bruts, une « signature gourmande » de notre séminaire…Tout est lié !

Orsay, le 20 octobre 2019
Résumé de la session par l’équipe de préparation du séminaire Ecologie intégrale :
Benoît Dubigeon, Bernard Saugier, Hervé Covès, Hélène Noisette, Anne Pétremant

Date

15 octobre 2019
Expired!

Heure

18 h 30 min - 20 h 30 min

Plus d'Infos

S'inscrire

Lieu

La Clarté-Dieu
95 rue de PAris, 91400 Orsay
S'inscrire